| Thursday, 05 March 2009 16:35 |
![]() Jeunes filles sacrifiées pour le marché du sexeSiliguri, ville située à 600 km au nord de Calcutta, est traditionnellement un carrefour commercial important entre l'Inde, le Népal, le Boutan et le Bangladesh; et ce depuis des siècles. Mais de nos jours il n'y a plus de quoi en être fier, car c'est également ici que transitent 30'000 filles chaque année, destinées au commerce du sexe. Âgées généralement entre 12 et 18 ans, parfois plus jeunes encore, elles sont subtilisées à leurs familles grâce à des stratagèmes vils profitant de leur extrême pauvreté ou dans d'autres cas même kidnappées.Le mode opératoire des trafiquants est simple mais tristement efficace. Beaux parleurs, ils profitent de l'ignorance et de la misère des pauvres gens. Se présentant comme recruteurs de domestiques pour les grandes villes, ils gagnent leur confiance et offrent des sommes allant jusqu'à 1000 roupies (env. Fr. 23.-, correspondant à un salaire mensuel moyen) pour encourager l'embauche de leur fille. Parfois ils jouent sur le registre du mariage et demandent la main d'une jeune fille en renonçant généreusement à la dot traditionnelle que la famille de la fille doit payer pour chaque mariage. Malheureusement dans la société indienne les filles sont souvent considérées comme des charges immenses, car un mariage coûte très cher et peut parfois endetter une famille pour plusieurs générations, surtout lorsqu'il y a plusieurs soeurs. Les envoyer travailler au loin en tant que domestiques est une solution qui peut paraître acceptable et sauver l'honneur de la famille, car avoir une "vieille fille" à la maison est de mauvaise augure. Parfois ces jeunes filles sont effectivement enrôlées dans un ménage riche ou de classe moyenne en tant que servantes, où elles doivent travailler dur pour gagner leur pain quotidien. Dans ce cas elles envoient une grande partie de leur maigre salaire chez elles et doivent parfois accepter toutes sortes de mauvais traitements ou sévices. Mais souvent ces gamines disparaissent tout simplement de leurs places de travail (ou n'y arrivent jamais) car elles sont vendues à des bordels d'un quartier chaud de Calcutta, Delhi ou Bombay comme esclaves du sexe. Leur disparition n'est souvent remarquée qu'après quelques semaines lorsque la famille ne reçoit plus d’appel téléphonique de leur progéniture ou que les envois d'argent s'arrêtent soudainement. Ainsi des dizaines de jeunes filles disparaissent chaque mois dans un enfer secret où leur vie se limite à l'abus continu de leur jeune corps. Toutes sortes d'histoires plus tristes les unes que les autres défrayent la chronique des quartiers chauds de Calcutta et des autres mégalopoles. De nombreuses fillettes sont même nées dans ces maisons closes et n'ont jamais rien connu d'autre. D'autres ont été vendues par leur mari, frère ou belle-mère ou par leur employeur dans le cas d'anciennes domestiques. Plus elles sont jeunes, plus elles ont de valeur sur le marché de la prostitution. Bien qu'illégale, la prostitution est une pratique largement répandue en Inde et bien implantée et tolérée par la société... même si ce n'est pas un sujet dont on parle ouvertement, comme du sexe en général d'ailleurs. Dans un reportage sur le sujet sur CNN, un policier ose affirmer sans vergogne devant la caméra que la prostitution est une nécessité et qu'elle répond à un besoin naturel des hommes afin que ceux-ci ne soient pas tentés de commettre des actes inavouables sur les "filles bien". Ces pauvres gamines sont considérées comme des êtres inférieurs que l'on peut abuser sans aucun remord pour le bien de la collectivité. Il existe bien sûr des lois pour protéger ces filles et les propriétaires de bordels risquent gros si la police les inquiète. D'ailleurs toutes les filles, même les plus jeunes savent qu'elles ont intérêt à dire qu'elles ont 19 ans, voire même 25, même si elles n'en ont pas du tout l'air. Si elles ne coopèrent pas elles risquent des coups ou d'être privées de nourriture. Dans les bordels, afin de prévenir tout risque, ces filles mineures sont cachées dans des chambres secrètes, où elles vivent entassées dans des conditions inhumaines. Elle n'en sortent que pour se rendre dans les petites chambres-cellules où elles sont forcées de se donner à des hommes qu'elles ne connaissent pas, parfois jusqu'à 10 ou 20 fois par jour. La zone rouge de Calcutta est largement contrôlée par la mafia locale et la police du quartier est extrêmement corrompue. La présence de mineures dans ces zones est niée ouvertement malgré l'évidence. Environ un tiers de ces jeunes prostituées sont atteintes du Sida, car elles ne savent rien de cette maladie, ni de la façon de s'en protéger. Et même si elles savaient, elles n'auraient pas la possibilité de refuser des rapports non protégés. Il y a heureusement quelques ONG et autres organisations indiennes qui se battent courageusement pour libérer ces fillettes ou adolescentes et font parfois des descentes de force et leur offrent ensuite refuge et soutien. Certaines d'entre elles finissent ainsi par rentrer chez elles, d’autres décident au contraire de rester sur place et d’aider d’autres filles comme elles à sortir de l’enfer. Article tiré du bulletin de Calcutta Espoir 2009/1 |




